Poliche - version courte (2021)

Pour que survive en secret une espèce que l’on croyait disparue, il suffit de quelques individus en un recoin obscur du monde. Qu’ils pratiquent dans ce recoin leurs coutumes, sans manquer de les transformer lentement par l’usage ou bien par quelques sursauts d’inventivité. Qu’ils soient en nombre suffisant pour se reproduire et qu’ils prospèrent discrètement, loin de ce qui leur nuisait ailleurs. Et l’on découvre sur une île, dans une forêt, derrière un buisson, une espèce qui en survivant à sa mort annoncée est devenue quelque chose d’autre. Comme si l’on tombait nez à nez avec une colonie de Dodos, physiologiquement reconnaissables, mais devenus amphibies.

Le Poliche (ou Polichinelle à petit sac) constitue l’une de ces étonnantes redécouvertes biologiques. De ses célèbres ancêtres, le blanc Pulcinella d’Italie (Polichinelle neigeux) et le bariolé Polichinelle français (Polichinelle chatoyant), il garde deux bosses, une haute coiffe, et une robe claire localement teintée de rose. Mais il ne fait aucun doute que le Poliche constitue une espèce nouvelle. Il se singularise anatomiquement par un membre inédit : le petit-sac dont il tire son nom. En soie sauvage, simili croco ou cuir de vachette, celui-ci vient s’orner selon la maturité de l’individu de sequins, de chaînettes ou de plumes. Ce petit-sac (ou sac-de-soirée), servant banalement chez l’être humain au port de clés, cigarettes, téléphone portable ou rouge à lèvres, est transfiguré par l’usage qu’en fait le Poliche. Il n’est plus pour lui un accessoire, un objet amovible, mais bien un organe, consubstantiel et même vital à sa personne physique. Comme un bras ou une jambe, le petit-sac fait partie de lui, est aussi vivant et émotif que la chair qu’il décore. On peut même penser qu’il l’est encore plus, c’est-à-dire que ce qui se tient tout au bord de l’être du Polichinelle à petit sac est ce qu’il a de plus chatouilleux.

Poliche, performance pour quatre créatures

Conception : Gabrielle Smith
Collaboration artistique : Samuel Bardaji
Avec : Anna Carraud, Cécile Chatignoux, Boris Grzeszczak, Thomas Kergot
Costumes : Pia Dary, Paul Kaplan, Lisa Morice, Constance Tabourga
Production : Bureau Klamm 
Affiches : Europium

Cette version courte d’une vingtaine de minutes a été créée en septembre 2021, à Cerisy-la-Salle, lors du colloque « La mode comme indiscipline », organisé par l’école Duperré (Mathieu Buard, Céline Mallet) et l’ENSAD (Aurélie Mossé).

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